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La vérité derrière le mythe #16 : "Si les articulations craquent, c'est qu'elles sont abîmées"

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La vérité derrière le mythe #16 : "Si les articulations craquent, c'est qu'elles sont abîmées"

Faire craquer ses doigts donnerait de l'arthrose. Un genou qui craque serait forcément usé. Une épaule qui claque pendant un développé militaire annoncerait une blessure… Les craquements articulaires sont entourés de nombreuses idées reçues qui inquiètent souvent les sportifs.

Pourtant, le bruit produit par une articulation ne reflète pas forcément son état de santé. Une articulation peut craquer pendant des années sans présenter la moindre anomalie, tandis qu'une articulation douloureuse peut rester totalement silencieuse.

Alors, faut-il vraiment s'inquiéter lorsque ses articulations craquent ? Décryptons ensemble les principales idées reçues.

Table des matières

Pourquoi ce mythe est-il si répandu ?

Notre cerveau associe naturellement un bruit à un problème mécanique. Lorsqu'une voiture grince, lorsqu'une porte craque ou lorsqu'un vélo fait du bruit, cela traduit souvent une usure ou un manque d'entretien.

Nous avons tendance à appliquer ce même raisonnement à notre corps.

Pourtant, une articulation n'est pas une charnière métallique. C'est une structure vivante, composée d'os, de cartilage, de ligaments, de tendons et de liquide synovial. Chacun de ces éléments peut produire un bruit au cours d'un mouvement sans que cela soit synonyme de dégradation.

C'est justement ce qui rend les craquements articulaires parfois déroutants : ils impressionnent davantage qu'ils ne renseignent sur l'état réel de l'articulation.

 

Idée reçue n°1 : le bruit vient des os qui frottent

C'est probablement l'idée reçue la plus répandue.

Beaucoup imaginent que le craquement correspond au contact direct entre deux os. En réalité, ce mécanisme est extrêmement rare chez une articulation saine.

Dans la majorité des cas, le bruit provient d'un phénomène appelé cavitation.

Le liquide synovial, qui lubrifie naturellement les articulations, contient des gaz dissous. Lorsqu'un mouvement modifie rapidement la pression à l'intérieur de l'articulation, de petites bulles se forment puis s'effondrent presque instantanément, produisant le fameux « crack ».

D'autres craquements peuvent être liés au passage d'un tendon sur une saillie osseuse ou au déplacement d'un ligament lors d'un mouvement.

Autrement dit, un craquement ne signifie pas que les os frottent entre eux.

Le bruit provient le plus souvent du liquide synovial ou des tissus qui entourent l'articulation, et non du cartilage qui s'use.

 

Idée reçue n°2 : les craquements usent le cartilage

Là encore, les données scientifiques sont rassurantes.

Aujourd'hui, aucune étude n'a montré qu'un craquement articulaire isolé favorisait l'usure du cartilage.

Au contraire, une articulation régulièrement mobilisée bénéficie d'un renouvellement du liquide synovial qui participe à la nutrition du cartilage.

Les craquements sont d'ailleurs très fréquents chez les sportifs :

  • pendant un squat ;
  • lors d'une fente ;
  • au développé militaire ;
  • pendant des rotations d'épaules ;
  • ou encore lors de la montée des escaliers.

Chez une personne qui ne ressent aucune douleur, ces bruits sont généralement considérés comme un phénomène physiologique normal.

Le bruit n'abîme pas l'articulation.

En revanche, une mauvaise gestion des charges d'entraînement, des traumatismes répétés ou certaines pathologies peuvent réellement altérer les tissus articulaires… même sans produire le moindre craquement.

 

Idée reçue n°3 : faire craquer ses doigts donne de l'arthrose

Cette croyance est tellement répandue qu'elle est devenue presque un réflexe éducatif.

Pourtant, malgré plusieurs décennies de recherches, aucun lien n'a été démontré entre le fait de faire craquer ses doigts et le développement de l'arthrose.

L'histoire la plus célèbre est celle du médecin américain Donald Unger.

Pendant plus de 60 ans, il a volontairement fait craquer uniquement les doigts de sa main gauche, plusieurs fois par jour, sans jamais faire craquer ceux de sa main droite.

À la fin de cette expérience, aucune différence d'arthrose n'était observée entre les deux mains.

Bien entendu, cette anecdote ne constitue pas une preuve scientifique à elle seule.

Mais elle illustre parfaitement les résultats retrouvés dans les études réalisées sur de plus larges populations : faire craquer ses doigts n'augmente pas le risque de développer de l'arthrose.

Il peut éventuellement provoquer une gêne temporaire chez certaines personnes, mais il n'existe pas de preuve montrant qu'il détruit progressivement les articulations.

 

Idée reçue n°4 : une articulation qui craque doit être mise au repos

Entendre un craquement pendant un squat ou lors d'un développé militaire pousse souvent à interrompre immédiatement l'exercice. Pourtant, le bruit seul n'est pas un motif suffisant pour arrêter une séance.

Une articulation est conçue pour bouger. L'activité physique entretient la mobilité, stimule la circulation du liquide synovial et contribue au renforcement des muscles qui stabilisent les articulations.

Chez un sportif en bonne santé, il est fréquent qu'un genou, une cheville ou une épaule produise un craquement lors des premiers mouvements de l'échauffement. Ce phénomène tend même parfois à diminuer au fil de la séance, lorsque les tissus gagnent en température et en mobilité.

À l'inverse, éviter systématiquement certains mouvements par peur d'un simple bruit peut conduire à réduire progressivement l'amplitude articulaire et la qualité des mouvements.

Bien entendu, cette recommandation ne vaut que si le craquement est isolé, indolore et sans perte de fonction.

En présence d'une douleur persistante, d'un gonflement ou d'une sensation d'instabilité, il est préférable d'interrompre l'exercice et de demander l'avis d'un professionnel de santé.

 

Idée reçue n°5 : une articulation silencieuse est forcément en meilleure santé

C'est sans doute l'idée reçue la plus trompeuse.

Nous avons naturellement tendance à penser qu'une articulation silencieuse est une articulation en parfaite santé.

Or, la réalité est bien plus nuancée.

Une articulation parfaitement saine peut craquer depuis des années sans jamais devenir douloureuse.

À l'inverse, certaines pathologies articulaires évoluent longtemps sans produire le moindre bruit.

Autrement dit, le silence n'est pas un gage de bonne santé articulaire, pas plus que le bruit n'est le signe d'une articulation abîmée.

Ce qui importe réellement, c'est la capacité de l'articulation à remplir sa fonction :

  • bouger librement ;
  • supporter les contraintes du quotidien ou de l'entraînement ;
  • rester stable ;
  • ne pas être douloureuse.

Les professionnels de santé ne se fient donc jamais uniquement au bruit pour établir un diagnostic.

 

Ce que regardent réellement les professionnels de santé

Lorsqu'un sportif consulte pour un craquement articulaire, la première question n'est généralement pas :

« Est-ce que ça craque ? »

Mais plutôt :

  • Est-ce douloureux ?
  • Depuis quand ?
  • Y a-t-il eu un traumatisme ?
  • L'articulation gonfle-t-elle ?
  • Y a-t-il une perte de mobilité ?
  • Le mouvement est-il limité ?
  • Avez-vous une sensation de blocage ou d'instabilité ?

Ces éléments sont bien plus importants que le bruit lui-même.

Dans la majorité des cas, un craquement isolé, ancien, reproductible et indolore est considéré comme bénin.

En revanche, un craquement qui apparaît brutalement après une chute, accompagné d'une douleur importante, d'un gonflement ou d'une incapacité à utiliser normalement l'articulation, nécessite une évaluation médicale.

En résumé, ce n'est pas le bruit qui doit alerter, mais les symptômes qui l'accompagnent.

 

Ce qu'il faut retenir

Les articulations qui craquent sont souvent impressionnantes… mais rarement inquiétantes.

Dans la majorité des cas, ces bruits sont liés à des phénomènes physiologiques parfaitement normaux, comme la cavitation du liquide synovial ou le déplacement naturel d'un tendon ou d'un ligament.

Les données scientifiques actuelles ne montrent pas qu'un craquement articulaire isolé favorise l'usure du cartilage ou augmente le risque de développer de l'arthrose.

Le véritable indicateur de la santé d'une articulation n'est donc pas le bruit qu'elle produit, mais sa capacité à fonctionner normalement.

Une articulation qui bouge librement, sans douleur, sans gonflement et sans perte de force est généralement bien plus rassurante qu'une articulation silencieuse mais douloureuse.

Autrement dit, avant de vous inquiéter d'un craquement, posez-vous une question bien plus importante :

Est-ce que mon articulation me fait mal ou m'empêche de bouger normalement ?

Dans la grande majorité des cas, la réponse est non… et c'est probablement la meilleure nouvelle.

 

Sources scientifiques

  • Deweber K, Olszewski M, Ortolano R. Knuckle Cracking and Hand Osteoarthritis. Journal of the American Board of Family Medicine. 2011.
  • Kawchuk GN et al. Real-time Visualization of Joint Cavitation. PLoS ONE. 2015.
  • Unsworth A, Dowson D, Wright V. Cracking joints (Snapping Knuckles) and Cavitation. Annals of the Rheumatic Diseases. 1971.
  • Paranjape CS et al. Joint sounds: mechanisms and clinical relevance. Current Reviews in Musculoskeletal Medicine. 2021.

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